A l’université, lieu par excellence de la transmission du savoir et de la construction citoyenne, certaines questions demeurent étrangement confinées aux silences en Afrique. La santé sexuelle en fait partie. Alors même que les étudiants africains représentent une population jeune, exposée et en pleine construction identitaire, les institutions universitaires peinent à intégrer cet enjeu dans leurs politiques éducatives et sanitaires.
Entre tabou culturel, contraintes institutionnelles et priorités budgétaires, l’éducation sexuelle reste marginale sur des nombreux campus du continent noir. Cette enquête propose un tour d’horizon comparatif de plusieurs université africaines. De Dakar à Nairobi, de Ouagadougou à Accra, d’Abidjan à Kinshasa afin d’évaluer ce qui est enseigné, proposé ou laisser sous silence en matière de santé sexuelle. En toile de fonds, une comparaison avec les modèles occidentaux permet de mieux situer les écarts, mais aussi les marges de progression possibles.
Universités africaines : une éducation sexuelle absente ou fragmentée
Dans la majorité des universités africaines, l’éducation sexuelle ne figure pas comme un enseignement transversal destinée à l’ensemble des étudiants. Lorsqu’elle existe, elle est souvent cantonnée à des filières spécifiques (médecine, sciences infirmières, santé publique) ou abordée de manière indirecte à travers des cours de biologie ou de sociologie.
A l’université Cheick Anta Diop de Dakar, à l’université de Yaoundé I, à l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan ou encore à l’Université de Kinshasa, aucun programme institutionnalisé d’éducation sexuelle obligatoire n’est proposé à l’ensemble de toute la communauté estudiantine. La sexualité reste un sujet périphérique parfois traité lors des conférences ponctuelles, souvent à l’initiative d’ONG ou des associations des étudiants.
Service de santé sexuelle sur les campus : le minimum vital
La présence des services de santé universitaire est une réalité sur plusieurs campus africains. Toutefois, leur champ d’intervention demeure limité. Les consultations sont généralement orientées vers les soins de base, laissant peu de place à un accompagnement spécifique en santé sexuelle et reproductive.
La disponibilité des préservatifs gratuit varie fortement d’une université à l’autre. Dans plusieurs établissements, leur distribution est discrète, irrégulière voire inexistante en raison des résistances sociales ou religieuses. Les services de contraception et de dépistage du VIH sont souvent externalisés, obligeant les étudiants à se tourner vers des structures sanitaires publiques ou privées, parfois éloignées et couteuses.
« On nous laisse nous débrouiller. C’est une réalité vécue par des nombreux étudiants. » explique Aboul Ouédraogo, étudiant à l’université de Cocody en Côte d’ivoire.
« On est à l’université, mais personne ne nous parle franchement de ces questions » a souligné avec insistance Kabisiga LOMPO, étudiant à l’Université Joseph KI-ZERBO de Ouagadougou. « En cas de problème, chacun gère comme il peut » a-t-il renchérit.
Ce sentiment d’abandon contribue à la diffusion des fausses informations, à la banalisation des comportements à risque et à une vulnérabilité accrue face aux IST, aux VIH et aux grossesses non désirées, avec des répercussions directes sur les parcours académiques.
Le contraste occidental : des campus pensés comme espace de prévention
Dans les universités britanniques, françaises et américaines, la santé sexuelle est intégrée à une approche globale du bien-être étudiant. Les health centers universitaires proposent dépistage régulier, contraception, consultations confidentielles, soutien psychologique et programmes de sensibilisation fondées sur des données scientifiques. L’éducation sexuelle y est envisagée comme outil d’autonomie et de prévention, et non comme une transgression morale. Ces modèles montrent qu’une prise en charge institutionnelle cohérente permet de réduire les risques sanitaires tout en favorisant la réussite académique.
Des exceptions africaines qui ouvrent des perspectives
Certaines universités africaines font toutefois figure d’exceptions positives. En Afrique du Sud et au Kenya, plusieurs établissements ont développé des centres de santé universitaires intégrant la santé sexuelle et reproductive, le dépistage du VIH et l’accompagnement psychosocial. Ces expériences démontrent qu’un modèle africain de santé sexuelle universitaire est non seulement possible, mais pertinent à condition d’être adapté aux réalités culturelles locales et soutenu par une volonté politique claire.
CONCLUSION
L’université africaine forme des esprits brillants, mais laisse trop souvent les corps sans boussole. En marginalisant la santé sexuelle, elle expose à ses étudiants à des risques évitables et compromet, parfois silencieusement, leur avenir académique et personnel.
L’enjeu n’est pas de calquer des modèles occidentaux mais des construire des politiques universitaires fondées sur la science, les le dialogue culturel et la prévention. Intégrer la santé sexuelle à la vie universitaire, c’est reconnaitre l’étudiant dans sa globalité : intellectuelle, sociale et humaine. Le savoir ne peut être complet lorsqu’il ignore l’intime.
BIBLIOGRAPHIE
- Organisation mondiale de la santé (OMS) : santé sexuelle et reproductive des adolescents et des jeunes
- UNESCO : International Technical Guidance on Sexuality Education
- UNAIDS : Global AIDS updates
- Banque mondiale : Youth and sexual Health in Sub-sahrab Africa
- Ministère de l’enseignement supérieur et ministère de la santé des plusieurs pays comme le Burkina, la Cote d’ivoire, le Ghana, le Kenya, le Sénégal consulté
- Enquête terrain et entretien avec quelques étudiant (2026)
