Blog L'étudiant Africain

"Chère tante qui partage tout sur WhatsApp une lettre d'amour sur la désinformation"

Rédigé par NDUWAYEZU Isaac | May 29, 2026 9:13:09 AM

Lettre ouverte à ma tante qui partage tout sur WhatsApp

Chère tante,

Je t'écris avec affection, respect et une grande joie. Parce que je te connais : généreuse, attentive, curieuse, toujours la première à prévenir la famille quand il y a un danger, une opportunité ou même une "révélation" importante. Dans notre groupe WhatsApp familial, tu es un peu notre radio communautaire, notre messagère infatigable.

Mais justement, parlons-en.

Entre les remèdes miracles qui promettent de tout guérir avec trois feuilles bouillies, les messages alarmants sur des maladies "qui tuent en 24 heures", les vidéos annonçant des complots mondiaux, ou encore ces prophéties politiques qui prédisent l'avenir avec une précision... disons surprenante tout cela finit par nous perdre un peu. Et je dis "nous", parce que je suis loin d'être immunisé. Tu te souviens peut-être de moi au téléphone, l'année dernière, te parlant d'une information que j'avais lue quelque part et qui s'est avérée fausse quelques jours plus tard. Nous sommes tous passés par là.

Je sais que ton intention est bonne. Tu veux protéger, informer, aider. Et ça, personne ne peut te le reprocher. Mais aujourd'hui, l'information est devenue un terrain glissant. En Afrique subsaharienne, WhatsApp est devenu pour des dizaines de millions de personnes le premier canal d'information quotidien avant la radio, avant la télévision, avant la presse écrite. Ce formidable accès à l'information a un revers : tout ce qui circule n'est pas vrai, et parfois, sans le vouloir, on partage des choses qui peuvent inquiéter, tromper ou même nuire. Pendant la pandémie de COVID-19, des chercheurs ont montré que plus de 90 % des informations vérifiées sur la maladie qui circulaient sur WhatsApp en Afrique étaient fausses ou trompeuses. Des remèdes imaginaires. Des vaccins présentés comme dangereux. Des gens qui ont retardé des soins à cause de ces messages.

Vérifier une information, ce n'est pas douter de toi. C'est prendre soin des autres, autrement.

Avant de partager, on peut se poser quelques questions simples. D'où vient cette information est-ce une source identifiable, ou juste un message transféré de groupe en groupe sans origine claire ? Est-ce que d'autres sources sérieuses en parlent aussi ? Est-ce que le message cherche à informer, ou cherche-t-il surtout à faire peur ? Et si quelque chose te semble trop urgent, trop extraordinaire, trop parfait pour être vrai c'est peut-être le moment de ralentir avant de transmettre.

Il y a aussi une chose importante : accepter qu'on puisse se tromper. Nous tous. Moi aussi. Ce n'est pas une faiblesse c'est une force.

Tante, je ne veux pas que cette lettre te fasse sentir jugée. Au contraire, je veux qu'on avance ensemble. Parce que dans nos familles africaines, les liens sont précieux. Et dans ces groupes WhatsApp, il n'y a pas que des messages : il y a de l'amour, de la solidarité, des nouvelles des uns et des autres, des souvenirs partagés et parfois des éclats de rire qui traversent les fuseaux horaires. Alors continuons à partager mais partageons mieux.

Et si un jour je t'écris : "Tante, je crois que cette information n'est pas fiable", ne le prends pas comme un reproche. Prends-le comme un geste d'amour comme ceux que tu fais chaque jour pour nous.

Avec tout mon respect et mon affection,

Ton enfant qui t'aime toujours