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title: "Deux chèvres, un éleveur, une épidémie : ce que « Une seule santé » veut dire"
description: Deux chèvres, un éleveur, une épidémie
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[Blog L'étudiant Africain](https://letudiantafricain.com/blog-letudiant-africain)

# [Deux chèvres, un éleveur, une épidémie : ce que « Une seule santé » veut dire](https://letudiantafricain.com/blog-letudiant-africain/deux-chèvres-un-éleveur-une-épidémie-ce-que-une-seule-santé-veut-dire)

 Rédigé par [L’Étudiant Africain](https://letudiantafricain.com/blog-letudiant-africain/author/la-rédaction-de-létudiant-africain) | Nov 3, 2026, 1:15:38 PM

**Ebola, la rage ou la fièvre de la vallée du Rift ont un point commun : elles nous viennent des animaux. Pour la Journée One Health du 3 novembre, on s'arrête sur une idée simple que la science africaine met en pratique : il n'y a qu'une seule santé, celle des humains, des animaux et de la planète.**

Meliandou est un petit village de Guinée forestière, près de Guéckédou. À une cinquantaine de mètres d'une maison, il y avait un grand arbre creux où les enfants aimaient jouer. Des chauves-souris y nichaient : les villageois les appelaient *lolibelo*, de « petites chauves-souris malodorantes à longue queue ». C'est dans ce village qu'un petit garçon de deux ans est tombé malade puis est mort à la fin de l'année 2013. Il s'appelait Emile Ouamouno, selon l'agence Associated Press qui a retrouvé sa famille ([Faul, 2014](https://www.archivioradiovaticana.va/storico/2014/12/10/the_village_of_meliandou_guineas_ground_zero_for_the_ebola_virus/en-1114310)). Sa sœur, sa mère enceinte puis sa grand-mère l'ont suivi.

Emile était le premier cas connu de la plus grande épidémie d'Ebola de l'histoire : à sa fin, en juin 2016, plus de 28 600 personnes avaient été infectées et 11 325 étaient mortes ([OMS, s.d.](https://www.who.int/emergencies/situations/ebola-outbreak-2014-2016-West-Africa)). Une équipe de chercheurs, parmi lesquels les Ivoiriens Emmanuel Couacy-Hymann et Chantal Akoua-Koffi, s'est rendue à Meliandou en 2014. Elle a émis l'hypothèse que l'enfant avait été contaminé au contact de ces chauves-souris, sans pouvoir le prouver : l'arbre avait brûlé et aucun virus n'a été retrouvé chez les animaux analysés ([Marí Saéz et al., 2015](https://doi.org/10.15252/emmm.201404792)). Hypothèse ou pas, la leçon est restée : une épidémie humaine commence très souvent chez un animal.

**Une seule santé, c'est quoi exactement ?**

C'est précisément ce que dit le concept One Health, ou « Une seule santé ». En 2021, l'OMS, la FAO, l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et le Programme des Nations unies pour l'environnement ont adopté une définition commune : une approche « intégrée et unificatrice qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes » ([OMS, 2021](https://www.who.int/fr/news/item/01-12-2021-tripartite-and-unep-support-ohhlep-s-definition-of-one-health)).

Dit plus simplement : on ne peut pas soigner les humains en oubliant les animaux et l'environnement qu'ils partagent. Selon l'OMSA, 60 % des agents pathogènes qui provoquent des maladies humaines viennent des animaux domestiques ou sauvages, et 75 % des maladies infectieuses émergentes ont une origine animale ([OMSA, s.d.](https://www.woah.org/fr/ce-que-nous-faisons/initiatives-mondiales/une-seule-sante/)). On appelle ces maladies des zoonoses. Et l'Afrique est en première ligne : d'après l'OMS, le nombre d'épidémies zoonotiques y a augmenté de 63 % entre la décennie 2001-2011 et la décennie 2012-2022 ([OMS Afrique, 2022](https://www.afro.who.int/fr/news/en-afrique-les-maladies-transmises-par-les-animaux-lhomme-ont-bondi-de-63-au-cours-de-la)).

**Au Sénégal, la fièvre est d'abord passée par les troupeaux**

L'exemple le plus récent se trouve dans la vallée du fleuve Sénégal. À l'automne 2025, une épidémie de fièvre de la vallée du Rift, une maladie virale transmise par les moustiques et par le contact avec le sang d'animaux malades, a frappé le Sénégal et la Mauritanie. Au 23 novembre 2025, le Sénégal comptait 500 cas humains confirmés et 31 décès. Côté bétail, 425 cas avaient été confirmés chez des moutons, des chèvres et des bovins, avec plus de 2 000 avortements ([OMS Afrique, 2025](https://www.afro.who.int/fr/countries/senegal/news/fievre-de-la-vallee-du-rift-au-senegal-en-premiere-ligne-pour-proteger-les-communautes)).

À Golléré, dans le nord du pays, l'éleveuse Aïssatou Sow raconte comment tout a commencé chez elle : « Deux de mes chèvres ont avorté la même semaine. Puis, mon mari qui avait manipulé les avortons, a eu une forte fièvre » (OMS Afrique, 2025). Tout One Health tient dans ces deux phrases : la maladie de l'animal était le signal d'alarme.

Le ministre sénégalais de la Santé, le Dr Ibrahima Sy, l'a reconnu sans détour en mai 2026 : « La maladie a commencé au niveau animal, mais on n'a pas pu détecter à temps. Il a fallu qu'on ait des cas humains pour retourner voir les cas animaux ». Une fois l'alerte donnée, vétérinaires et soignants ont travaillé ensemble : plus de 40 000 animaux ont été vaccinés autour des foyers.

**À N'Djamena, vacciner les chiens a protégé les humains**

Le Tchad offre un autre exemple, plus encourageant. La rage tue encore environ 44 000 personnes par an dans le monde selon l'OMS, un chiffre sans doute sous-estimé, et les morsures de chien sont à l'origine de 99 % des cas humains ([OMS, 2026](https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/rabies)). Plutôt que d'attendre les malades à l'hôpital, des chercheurs de l'Institut de recherches en élevage pour le développement (IRED) de N'Djamena et du Swiss TPH ont choisi de vacciner les chiens de la capitale, en 2012 puis en 2013.

Résultat : environ 70 % des chiens ont été vaccinés et la transmission de la rage entre chiens a été interrompue pendant environ neuf mois. L'exposition des habitants est devenue quasi nulle ([Zinsstag et al., 2017](https://doi.org/10.1126/scitranslmed.aaf6984)). Avant la campagne, la ville recensait un nouveau cas de chien enragé chaque semaine ; en 2014, seuls deux chiens étaient porteurs du virus. La rage est revenue ensuite avec des chiens venus de l'extérieur, preuve qu'il faut tenir dans la durée. Mais la démonstration est faite : soigner l'animal, c'est protéger l'humain.

**Des pays qui s'organisent, des chercheurs qui poussent**

Plusieurs pays d'Afrique francophone ont traduit l'idée dans leurs institutions. La Côte d'Ivoire a créé en 2019 une Plateforme nationale « Une seule santé », placée sous l'autorité du Premier ministre ([AIP, 2025](https://www.aip.ci/cote-divoire-aip-vers-un-reseau-national-de-recherche-one-health-pour-mieux-prevenir-les-crises-sanitaires/)). Le Sénégal s'est doté en 2024 d'un Haut Conseil national de la sécurité sanitaire « One Health » (République du Sénégal, 2025). Le Cameroun avait lancé dès 2014 un programme national de lutte contre les zoonoses (OMS Afrique, 2014).

Les textes ne suffisent pas, préviennent les chercheurs. « Avoir un décret ne suffit pas il faut affecter des personnes pour opérationnaliser », insiste le Pr Bassirou Bonfoh, directeur du programme Afrique One au Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d'Ivoire. Une revue publiée par des chercheurs d'Africa CDC le confirme : beaucoup de pays africains n'ont toujours pas de programme One Health officiel et financé ([Alimi et Wabacha, 2023](https://doi.org/10.1186/s42522-023-00082-5)).

**Et nous, dans tout ça ?**

One Health n'est pas réservé aux ministères. C'est aussi faire vacciner son chien, consulter tout de suite après une morsure, ne pas manipuler à mains nues un animal mort ou un avorton. Et pour les étudiants, c'est une invitation à sortir de sa filière : la prochaine épidémie se jouera autant en médecine qu'en agronomie, en médecine vétérinaire ou en écologie.

Ce 3 novembre, posez-vous la question : dans votre quartier ou au village, qui surveille la santé des animaux ? Racontez-le-nous en commentaire.

**Bibliographie**

Agence ivoirienne de presse. (2025, 12 novembre). *Côte d'Ivoire-AIP/ Vers un réseau national de recherche One Health pour mieux prévenir les crises sanitaires*. 

Alimi, Y., & Wabacha, J. (2023). Strengthening coordination and collaboration of one health approach for zoonotic diseases in Africa. *One Health Outlook, 5*, 10.

Faul, M. (2014, 10 décembre). The village of Meliandou, Guinea's ground zero for the Ebola virus. Associated Press, repris par Radio Vatican. 

Marí Saéz, A., Weiss, S., Nowak, K., Lapeyre, V., Zimmermann, F., Düx, A., Kühl, H. S., Kaba, M., Regnaut, S., Merkel, K., Sachse, A., Thiesen, U., Villányi, L., Boesch, C., Dabrowski, P. W., Radonić, A., Nitsche, A., Leendertz, S. A. J., Petterson, S., … Leendertz, F. H. (2015). Investigating the zoonotic origin of the West African Ebola epidemic. *EMBO Molecular Medicine, 7*(1), 17-23. 

Organisation mondiale de la santé. (2021, 1er décembre). *Le Groupe tripartite et le PNUE valident la définition du principe « Une seule santé » formulée par l'OHHLEP* \[Communiqué\]. 

Organisation mondiale de la santé. (2026, 17 septembre). *Rage* \[Principaux repères\]. 

Organisation mondiale de la santé. (s.d.). *Ebola outbreak 2014-2016: West Africa*. Consulté le 2 novembre 2026. 

Organisation mondiale de la santé, Bureau régional de l'Afrique. (2014, 17 juin). *Cameroun : programme national de prévention et de lutte contre les zoonoses*. 

Organisation mondiale de la santé, Bureau régional de l'Afrique. (2022, 14 juillet). *En Afrique, les maladies transmises par les animaux à l'homme ont bondi de 63 % au cours de la dernière décennie*. 

Organisation mondiale de la santé, Bureau régional de l'Afrique. (2025, 5 décembre). *Fièvre de la vallée du Rift au Sénégal : en première ligne pour protéger les communautés*.

Organisation mondiale de la santé animale. (s.d.). *Une seule santé*. Consulté le 2 novembre 2026.

République du Sénégal. (2025, 25 novembre). *Journal officiel n° 7864* (décret n° 2024-845 du 28 mars 2024 portant création du Haut Conseil national de la sécurité sanitaire « One Health »). 

Zinsstag, J. (s.d.). *Aïsata et son chien, ou comment éradiquer la rage dans certaines villes d'Afrique* \[Point de vue\]. Swiss TPH.

Zinsstag, J., Lechenne, M., Laager, M., Mindekem, R., Naïssengar, S., Oussiguéré, A., Bidjeh, K., Rives, G., Tessier, J., Madjaninan, S., Ouagal, M., Moto, D. D., Alfaroukh, I. O., Muthiani, Y., Traoré, A., Hattendorf, J., Lepelletier, A., Kergoat, L., Bourhy, H., … Chitnis, N. (2017). Vaccination of dogs in an African city interrupts rabies transmission and reduces human exposure. *Science Translational Medicine, 9*(421), eaaf6984. 

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