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title: "L'économie du court métrage en Afrique : de quoi vit un film de quinze minutes ?"
description: L'économie du court métrage en Afrique
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- octobre 12 2026

# L'économie du court métrage en Afrique : de quoi vit un film de quinze minutes ?

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Posez la question à dix jeunes réalisateurs : combien rapporte un court métrage ? Vous obtiendrez dix silences. On sait le tourner, on sait à peu près ce qu'il coûte, on rêve du festival qui le révélera. Ce qu'il devient ensuite, sur le plan économique, reste flou. Ce flou coûte cher. Il pousse des équipes entières à investir leurs économies dans un film en espérant le vendre, alors que le marché ne fonctionne pas ainsi.

 

Le sujet mérite pourtant d'être pris au sérieux. En février 2026, le festival de Clermont-Ferrand, le plus important au monde pour ce format, a reçu plus de 8 000 films (Radio France Internationale \[RFI\], 2026). Le court n'est pas une marge du cinéma ; c'est sa pépinière. En Afrique, où les longs métrages restent rares et chers, il est souvent le seul format réellement à la portée d'une jeune société de production.

Cet article répond à trois questions. Comment fonctionne l'économie du court métrage dans le monde, et comment les entreprises qui en vivent s'en sortent-elles ? Qu'en est-il sur le continent africain : où le format se porte-t-il le mieux, qui achète, où montrer ses films ? Enfin, que faire concrètement quand on veut se lancer ou préparer sa prochaine production ? La démarche est documentaire. Elle s'appuie sur des études professionnelles, des règlements de fonds et des articles de presse spécialisée, tous référencés en fin de texte. Une limite doit être dite d'emblée : il n'existe aucune statistique consolidée sur le court métrage africain. Les chiffres donnés ici sont des repères, pas des moyennes.

#### **Ce que vaut un court métrage : l'économie internationale**

##### ***Un film qui se finance avant, presque jamais après***

La France est le pays qui documente le mieux ce secteur, et son exemple est éclairant précisément parce qu'il est le plus favorable. En 2024, le Centre national du cinéma (CNC) y a versé 10,4 millions d'euros d'aides spécifiques au court métrage, pour près de 300 films. Les financements publics couvrent près de 60 % du budget des courts terminés cette année-là, dont 38 % pour le seul CNC. Les régions ajoutent 8,2 millions d'euros. Les chaînes de télévision complètent par des préachats, en léger recul depuis la fermeture d'un guichet en 2024 (CNC, 2026).

Le constat est net : même dans le système le mieux doté, le court métrage est payé avant d'être tourné, et majoritairement par de l'argent public. Ce n'est pas un produit que l'on fabrique puis que l'on vend pour récupérer sa mise.

##### ***Un marché réel, mais minuscule***

Les ventes existent. Les courts métrages français se vendent à des chaînes, à des plateformes et à d'autres diffuseurs dans le monde entier, et leurs exportations ont dépassé pour la première fois le million d'euros en 2024 (CNC, 2026). Le bilan d'Unifrance (2025) détaille ce record : 1,19 million d'euros pour 3 855 ventes concernant 1 477 films. Faisons la division. Cela représente environ 310 euros par vente et 800 euros par film sur l'année, pour le pays qui exporte le mieux ses courts. Le même organisme note que les chaînes de télévision restent les acheteuses privilégiées et que les films de moins de quinze minutes sont ceux qui rapportent le plus (Unifrance, 2025).

La vidéo à la demande ne change pas ce tableau. En France, la consommation de courts sur les plateformes par abonnement recule et se concentre sur l'animation et les films américains (CNC, 2026). Quant aux intermédiaires en ligne, Wolf (2019) fait une observation dérangeante : le court métrage fait gagner de l'argent à beaucoup de monde, sauf à ceux qui le fabriquent. Les plateformes d'inscription prélèvent des frais sur chaque envoi en festival, certains festivals facturent l'inscription, des prestataires vendent des services d'accompagnement. Le réalisateur, lui, paie souvent de sa poche.

##### ***Comment les sociétés tiennent-elles ?***

Si les ventes ne remboursent pas les films, comment des entreprises continuent-elles d'en produire ? En combinant plusieurs sources, dont aucune ne suffit seule. **Les subventions et les fonds,** c'est le socle. Une société de courts métrages est d'abord une société qui sait monter des dossiers. **Le préachat et l'achat par les télévisions,** une chaîne s'engage avant le tournage ou achète le film terminé, en général pour des droits non exclusifs et limités dans le temps. **Les ventes secondaires,** plateformes, compagnies aériennes et ferroviaires, circuits éducatifs. Wolf (2019) décrit un distributeur britannique dont l'activité vise précisément les écrans des avions et des trains. **Les prix,** Certains festivals dotent leurs récompenses en argent ou en aide à la production du film suivant.

**La commande.** Un diffuseur ou une institution finance entièrement une collection de courts. Nous verrons plus bas l'exemple de Netflix et de l'UNESCO. Il faut ajouter à cette liste ce qui, à notre sens, est la vraie raison d'être économique du format : le court métrage est un investissement. La fondation sud-africaine du cinéma parle d'une carte de visite pour les nouveaux entrants (National Film and Video Foundation \[NFVF\], 2023). Au Maroc, Barakat (2012) emploie une image plus administrative :

 

*« Un visa obligatoire de passage au long métrage. »* (Barakat, 2012)

Une société de production ne gagne donc pas sa vie avec ses courts. Elle la gagne grâce à eux : ils prouvent un savoir-faire, révèlent un auteur, ouvrent les portes des fonds et des coproducteurs pour le long métrage ou la série. Entre-temps, la plupart de ces sociétés équilibrent leurs comptes avec d'autres activités. Celui qui comprend cela budgète autrement.

#### **Le court métrage en contexte africain**

##### ***Où le format se porte-t-il le mieux ?***

La réponse tient en une phrase : là où existe un guichet public. Le talent est partout, comme le montre le palmarès du Fespaco 2025, où les Poulains du court métrage sont allés à des films d'Égypte, d'Éthiopie, d'Algérie et du Rwanda (Le Soleil, 2025). Mais la régularité de la production suit l'argent public.

**Le Maroc** est le cas le plus ancien. Le pays dispose d'un fonds d'aide depuis 1980 et produisait déjà 70 à 80 courts métrages par an au début des années 2010. Une règle y a joué un rôle décisif : il faut avoir réalisé au moins trois courts pour obtenir la carte professionnelle de réalisateur de long métrage. Le pays compte aussi des festivals spécialisés, dont celui du court métrage méditerranéen de Tanger, créé en 2002 (Barakat, 2012).

**Le Sénégal** s'appuie sur son Fonds de promotion de l'industrie cinématographique et audiovisuelle (FOPICA). Les résultats publiés en avril 2025 retiennent 49 projets sur 213, dont dix courts métrages de fiction pour une enveloppe de 108 millions de francs CFA (Le360 Afrique, 2025). Cela fait en moyenne 10,8 millions de francs CFA par film, soit environ 16 500 euros. Dakar accueille en outre, chaque mois de décembre, un festival entièrement consacré au format (Ndiaye, 2025).

**L'Afrique du Sud** a inscrit le court dans sa politique de formation. La NFVF classe les cinéastes en trois niveaux ; le troisième, réservé aux nouveaux entrants, ne donne accès qu'au financement de courts métrages. La fondation aide aussi les déplacements en festival, jusqu'à 50 000 rands pour un événement international (NFVF, 2023).

**Le Nigeria** offre un modèle différent, porté par le privé. Le collectif S16 y accompagne de jeunes auteurs et a emmené quatre d'entre eux au marché de Clermont-Ferrand en 2026, où le pays tenait un stand pour la première fois (ThisDay, 2026). Lagos a vu naître en avril 2026 un marché consacré au court métrage (Ikeade, 2026). Et YouTube y est devenu un canal de diffusion à part entière.

À l'inverse, des pays de grande tradition cinématographique restent sans guichet. Le Cameroun, par exemple, ne dispose toujours pas d'un fonds national de production (Beloko, 2026). Les courts s'y font, mais à compte d'auteur.

##### ***Qui achète des courts métrages africains ?***

Soyons honnêtes : aucune liste publique d'acheteurs ni aucune grille de prix n'existe. On peut cependant identifier quatre familles.

**Les télévisions** restent les clientes les plus sûres. Le catalogue de Sudu Connexion, société de ventes fondée en 2016 par Claire Diao et spécialisée dans les films d'Afrique et de la diaspora, a été diffusé par la BBC, Arte, Canal+, TV5 Monde et Al Jazeera (Njugi, 2024). France Télévisions achète chaque année le projet lauréat d'un prix remis à Dakar Court, assorti d'une aide à la réalisation (Ndiaye, 2025).

**Les grandes plateformes** commandent plus qu'elles n'achètent. L'exemple de référence est la collection *African Folktales, Reimagined*, née d'un appel lancé par Netflix et l'UNESCO : plus de 2 000 candidatures, six cinéastes retenus dans six pays, un budget de 90 000 dollars par projet, un mentor et une société de production locale pour chacun, puis une sortie mondiale en mars 2023 (Netflix et UNESCO, 2023). L'opération est remarquable. Elle reste ponctuelle, et il serait imprudent de bâtir un plan de financement sur l'espoir qu'une plateforme mondiale achète un court déjà tourné.

**Les plateformes ouvertes**, YouTube en tête, sont accessibles à tous. Au Nigeria, Netflix compte environ 169 000 abonnés quand YouTube approche les douze millions d'utilisateurs, et les cinéastes qui y publient gagnent en général entre 1 000 et 10 000 dollars par film (C.J., 2025). Ces chiffres concernent surtout des longs métrages populaires. Pour un court, la mise en ligne construit un public plus qu'elle ne rapporte.

**Les distributeurs et diffuseurs locaux** commencent à apparaître. À Lagos, la société Filmjoint place des courts sur la plateforme EbonyLife ON Plus et organise des projections mensuelles (Ikeade, 2026). Ces circuits sont modestes, mais ils sont sur place.

##### ***Où montrer et vendre : festivals et marchés***

Un festival n'est pas seulement une vitrine. Bien choisi, il donne un prix, un acheteur, un coproducteur ou une formation. Deux exemples montrent ce que ces rendez-vous produisent. Le film éthiopien *Alazar*, de Beza Hailu Lemma, a obtenu le Poulain d'argent au Fespaco en mars 2025, puis le Grand Prix de Dakar Court en décembre (Le Soleil, 2025 ; Ndiaye, 2025). Un court circule, et chaque sélection nourrit la suivante. Le Mobile Film Festival Africa, lui, a reçu 886 films de quarante pays en 2023 ; ses bourses servent à tourner un nouveau film avec des moyens professionnels (Hespress FR, 2023). On y entre avec un téléphone, on en sort avec un budget.

Ces circuits ne sont pas à l'abri des secousses. Le responsable de la section africaine de Clermont-Ferrand observe que le contexte économique et géopolitique se lit immédiatement dans le nombre et la qualité des courts reçus (RFI, 2026). Raison de plus pour ne pas dépendre d'un seul rendez-vous.

##### ***Où trouver l'argent ?***

Trois types de guichets existent pour un producteur africain. **Les fonds nationaux**, quand il y en a : FOPICA au Sénégal, Centre cinématographique marocain, NFVF en Afrique du Sud. Ils exigent une société de production déclarée et un dossier complet. **Les prix et les commandes**, déjà évoqués : bourses de festivals, appels de diffuseurs, collections thématiques.

**Les fonds internationaux.** Le plus accessible aux francophones est le Fonds Image de la Francophonie. Sa notice de mars 2026 fixe le plafond à 15 000 euros pour un court métrage de moins de trente minutes, et à 10 000 euros pour une aide au développement. Trente-cinq pays du Sud sont éligibles à l'aide à la production. Une condition mérite attention : le projet doit être une coproduction entre des sociétés d'au moins deux États membres. Deux sessions de dépôt sont ouvertes chaque année pour la fiction, en mars et entre fin mai et mi-juin (Organisation internationale de la Francophonie \[OIF\], 2026).

Rapprochons maintenant les ordres de grandeur. Un court soutenu par le FOPICA reçoit en moyenne l'équivalent de 16 500 euros ; l'OIF plafonne à 15 000 euros ; une commande Netflix-UNESCO monte à 90 000 dollars ; une vente rapporte autour de 300 euros. Tout est dit. Le financement se joue en amont.

##### **Se lancer : une feuille de route**

De ce qui précède, nous tirons huit repères pratiques. Les premiers découlent directement des données citées ; les derniers relèvent de l'usage professionnel. **Décider à quoi sert le film,** révéler un auteur, tester une équipe, préparer un long métrage, répondre à une commande : la réponse détermine la durée, le budget et le circuit visé. **Boucler le financement avant de tourner,** ne mettez dans le film que l'argent que vous acceptez de ne pas revoir. Les ventes sont un complément. **Créer ou rejoindre une société de production,** les fonds ne financent pas des individus. Cherchez tôt un coproducteur dans un autre pays : c'est une condition de l'OIF et un atout partout ailleurs.

 

**Tenir un calendrier des guichets,** les sessions de dépôt sont courtes et les dates changent. La notice du Fonds Image, le site de votre fonds national et les lettres d'information des festivals se consultent chaque trimestre. **Faire court,** les films de moins de quinze minutes se vendent mieux (Unifrance, 2025) et se programment plus facilement. **Garder la première pour les festivals,** plusieurs dispositifs excluent les films déjà montrés en public (Pius, 2026). La mise en ligne gratuite vient en dernier.

 

**Prévoir un budget de circulation,** frais d'inscription, sous-titres, copies, déplacements. Demandez les aides au voyage quand elles existent (NFVF, 2023). **Confier le film à un vendeur et garder ses contrats en ordre,** un distributeur spécialisé connaît les acheteurs des chaînes (Njugi, 2024). Aucun ne prendra un film dont les droits musicaux, les cessions d'auteurs et les autorisations ne sont pas signés.

#### **Conclusion**

De quoi vit un film de quinze minutes ? Rarement de ses ventes. Il vit de l'argent réuni avant le tournage, des prix qu'il remporte, et surtout de ce qu'il rend possible ensuite. Cette réalité vaut à Paris comme à Dakar. Ce qui change en Afrique, c'est la rareté des guichets : là où un fonds public existe, au Maroc, au Sénégal, en Afrique du Sud, le court métrage a une économie ; ailleurs, il repose sur le sacrifice de ceux qui le font.

Il y a pourtant des raisons d'être optimiste. Les lieux où chercher des solutions se multiplient : un marché à Lagos, un festival à Dakar, un programme suisse ouvert à quarante-deux pays, un fonds francophone aux règles publiques, des distributeurs qui connaissent le chemin des chaînes. Aucun n'est une solution à lui seul. Ensemble, ils dessinent un parcours.

Cet article a ses limites. Il repose sur des sources publiques et ne remplace pas une enquête auprès des sociétés de production, qui seule dirait ce que coûtent et rapportent réellement les courts métrages africains. Nous espérons qu'elle sera menée. En attendant, le conseil le plus utile reste le plus simple : traitez votre court métrage comme un investissement, pas comme une marchandise. Vous ferez de meilleurs choix, et vous serez encore là pour le film suivant.

#### **Bibliographie**

Barakat, A. (2012, 8 octobre). Maroc, le défi des courts métrages. *Images francophones*.

Beloko, F. (2026, 1er octobre). Écrans Noirs 2026 : 30 ans au service d'une industrie cinématographique régionale. *News du Cameroun*.

Centre national du cinéma et de l'image animée. (2026). *Le marché du court métrage en 2024*.

C.J., N. (2025, 14 mars). Op-Ed: More Nigerian filmmakers should make YouTube their main distribution channel. *OkayAfrica*.

Hespress FR. (2023, 18 mai). Mobile Film Festival Africa : une grande variété de genres représentés à l'édition 2023.

Ikeade. (2026, 24 avril). New African short film market AISFM to hold first edition in Lagos.

Le360 Afrique. (2025, 19 avril). Fonds de promotion du cinéma sénégalais : 49 projets retenus sur 213, pour un financement à hauteur de 1,845 million d'euro.

Le Soleil. (2025, 2 mars). FESPACO 2025 : Dany Kouyaté du Burkina décroche l'Étalon d'or de Yennenga.

 

National Film and Video Foundation. (2023, 21 juin). *Call for NFVF funding applications to attend film festivals and markets taking place from August 2023*.

Ndiaye, A. (2025, 15 décembre). Festival « Dakar Court 2025 » : un palmarès marqué par la diversité des regards.

Netflix et UNESCO. (2023, 16 mars). *African Folktales, Reimagined short films by Netflix and UNESCO to launch globally on 29 March* \[Communiqué de presse\].

Njugi, F. (2024, 22 mars). In conversation: "I want people to know that Africa has real filmmaking talents", Claire Diao, film critic and founder of Sudu Connexion.

Pius, B. (2026, 10 août). Locarno and Winterthur launch new initiative for African short films.

Radio France Internationale. (2026, 5 février). Africa: From TikTok and AI to colonial abuses, film festival highlights African vision.

ThisDay. (2026, 4 février). French Embassy, Surreal 16 Collective partner to boost Nigerian filmmakers.Unifrance. (2025). *Bilan 2024 : les courts-métrages français à l'export et dans les festivals à l'international*.

 

Wolf, R. W. (2019, 13 décembre). Service providers in the short film sector: Vertical integration among online suppliers.

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