Depuis plusieurs années, l'inflation alimentaire s'inscrit dans un paysage économique profondément dégradé. Les données de la FAO montrent que, malgré les fluctuations économiques, l'indice des prix des produits alimentaires est resté élevé en moyenne annuelle en 2025, supérieur à 2024, après une forte progression ces dernières années. Cette situation se répercutelourdement sur les ménages et, en première ligne, sur les étudiants. Jeunes en transition entre autonomie et précarité, ils expérimentent de plein fouet la hausse des prix du panier alimentaire, parfois au prix de leur santé et de leurs performances académiques.
DIAGNOSTIC : LA FLAMBÉE DES PRIX DU PANIER ALIMENTAIRE ÉTUDIANT
Pour saisir l'ampleur du phénomène, revenons aux tendances globales des prix.
Une inflation structurelle persistante
Selon les données de la FAO, l'indice mondial des prix alimentaires est resté supérieur à 124 points en décembre 2024, témoignant d'un renchérissement structurel amorcé depuis plusieursannées. Dans plusieurs zones, notamment en Afrique de l'Ouest, l'inflation des produits alimentaires constitue la principale composante de la hausse générale des prix à la consommation.
Le panier étudiant : une trajectoire ascendante insoutenable
Dans ce contexte, le coût du panier étudiant – qui combine aliments de base, produits frais et besoins nutritionnels essentiels – a suivi une trajectoire ascendante implacable. De 2019 à 2024, plusieurs études ont documenté une augmentation significative des dépenses contraintes (logement, alimentation, transport), parfois supérieure à la revalorisation des aides comme le FONER ou les bourses nationales. Le Burkina Faso en est un exemple frappant : alors que les prix ont bondi, les montants des bourses sont restés figés, creusant chaque mois davantagel'écart entre besoins et ressources.
TROIS REPAS PAR JOUR : MYTHE OU RÉALITÉ EN MILIEU ESTUDIANTIN ?
L'idée que les étudiants mangent trois fois par jour relève désormais du fantasme. Les chiffres révèlent une réalité autrement plus sombre.
Des chiffres qui donnent le vertige
Plusieurs études sociologiques menées à travers l'Afrique et au-delà dressent un tableau alarmant :
- 36% des étudiants déclarent sauter des repas par manque d'argent, selon des enquêtes menées en milieu universitaire
- Ce chiffre grimpe à 60% parmi ceux qui recourent à l'aide humanitaire, selon un baromètre associatif français
- En Ouganda, 72% des étudiants interrogés dans les universités sautent au moins un repas par jour pour des raisons financières (Enquête "Learn and Lunch")
- Des recherches universitaires américaines indiquent qu'entre 10% et 75% des étudiants dans différents pays connaissent l'insécurité alimentaire, selon les contextes
La faim comme quotidien
Ces statistiques ne sont pas de simples pourcentages : elles traduisent une réalité brutale. Une part non négligeable des étudiants se limite à un seul repas quotidien, voire connaît certainsjours sans aucune prise alimentaire substantielle, faute de moyens. Cette faim n'est pas un choix – c'est une contrainte qui pèse sur leur santé et leur apprentissage.
EFFETS SUR LA SANTÉ PHYSIQUE ET LES PERFORMANCES ACADÉMIQUES
La faim n'est jamais sans conséquences. Pour les étudiants, elle se paie au prix fort : en santé d'abord, en résultats ensuite.
Des corps affaiblis
La réduction forcée des repas pousse souvent à privilégier des aliments pauvres en nutriments (pain sec, riz blanc, pâtes nature), avec des conséquences physiques mesurables :
- Fatigue chronique : le corps manque d'énergie pour fonctionner normalement
- Perte de poids involontaire : amaigrissement parfois dangereux
- Troubles digestifs : alternance entre jeûnes prolongés et apports irréguliers
- Baisse de l'immunité : vulnérabilité accrue aux infections
- Troubles métaboliques à long terme : les périodes de jeûne non planifié altèrent le métabolisme et peuvent augmenter les risques de diabète, d'hypertension ou d'autres pathologies chroniques
Des esprits empêchés
Au-delà de la santé physique, c'est la capacité cognitive elle-même qui est atteinte. Les recherches scientifiques le démontrent sans ambiguïté :
- Les étudiants en situation d'insécurité alimentaire sont plus susceptibles d'avoir des notes plus basses
- Ils présentent une concentration réduite en cours et lors des révisions
- Ils enregistrent des absences plus fréquentes (maladies, fatigue extrême)
- Ils affichent un taux d'abandon supérieur à ceux qui mangent correctement
Le cerveau affamé ne fonctionne pas
Le manque de repas affecte directement la fonction cognitive. La faim chronique s'accompagne d'une détérioration mesurable de :
- La mémoire de travail (essentielle pour suivre un cours, résoudre un problème)
- L'attention (capacité à se concentrer sur une tâche)
- La vitesse de traitement de l'information (lenteur dans la réflexion et les réponses)
L'anxiété alimentaire, poison silencieux
À ces difficultés physiologiques s'ajoute une pression psychologique constante : l'anxiété de ne pas savoir si l'on pourra manger demain, la honte de mendier un repas, l'angoissepermanente liée à la survie. Cette anxiété alimentaire augmente le risque de troubles mentaux (dépression, crises d'angoisse), qui pèsent encore davantage sur la réussite académique.
Étudier le ventre vide, c'est courir un marathon avec des boulets aux pieds.
CONCLUSION : L'URGENCE D'AGIR
L'inflation n'est pas qu'un simple indicateur macroéconomique figé dans des rapports techniques. Dans les universités africaines, elle se traduit concrètement par la faim, la réduction des repas et, au bout du compte, un impact réel sur la santé, le bien-être et l'avenir académique de milliers de jeunes.
Il est urgent que les politiques publiques, les universités et les organisations sociales renforcent les dispositifs d'accompagnement : aides alimentaires d'urgence, cantines universitairessubventionnées, soutien nutritionnel ciblé, distributions de paniers alimentaires, partenariats avec des ONG et des entreprises locales.
Les étudiants bien nourris sont des penseurs plus forts, des citoyens plus capables et des talents pleinement réalisés. Leur offrir de quoi manger décemment, ce n'est pas de la charité: c'est un investissement dans l'avenir du continent.
RÉFÉRENCES
FAO (2025). Indice des prix des produits alimentaires 2025. Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.
FAO (2024). Food Price Monitoring and Analysis. Rome.
Baromètre Cop1 (2024). Précarité alimentaire étudiante en France. Enquête associative.
Enquête "Learn and Lunch" (2023). Insécurité alimentaire en milieu universitaire ougandais. Ouganda.
BCEAO & UNICEF (2024). Rapport conjoint sur l'inflation et la précarité des jeunes en Afrique de l'Ouest.
Revue scientifique internationale (2023). Impact de l'insécurité alimentaire sur les performances académiques : Scoping review.
Reddit/France (2024). Témoignages : Inflation alimentaire et coût de la vie étudiante.
