Blog L'étudiant Africain

À quel prix les étudiants africains poursuivent-ils leurs études ?

Rédigé par Namwin-Kièlè Christopher SOMDA | Feb 20, 2026 7:19:56 AM

Sur de nombreux campus africains, la réussite universitaire ne se joue plus uniquement dans les amphithéâtres. Pour des milliers d'étudiants, étudier rime désormais avec travailler. Vendeurs ambulants, répétiteurs, livreurs : ils cumulent cours et petits boulots pour survivre, au prix d'une fatigue physique et mentale souvent invisible.

Moussa, étudiant en mathématiques, donne des cours à domicile trois soirs par semaine. Mariam, inscrite en communication, gère des pages Facebook pour de petites entreprises locales. Tous partagent la même réalité : les bourses sont insuffisantes, irrégulières ou inexistantes, et le soutien familial ne suffit plus.

Selon plusieurs témoignages recueillis, ces étudiants gagnent en moyenne entre 25 000 et 60 000 FCFA par mois. Un revenu modeste, mais décisif pour payer le transport, la restauration, le logement ou l'impression des documents académiques.

Entre résilience et exploitation silencieuse

Si ces parcours illustrent la débrouillardise et l'ingéniosité de la jeunesse africaine, ils révèlent aussi une facette plus sombre. La majorité de ces emplois sont informels, sans contrat ni protection sociale. Les horaires sont flexibles, mais souvent abusifs. Les salaires peuvent être retardés, parfois amputés, sans possibilité de recours.

Les étudiants-vigiles et livreurs figurent parmi les plus exposés : travaux nocturnes, risques d'agression, accidents, fatigue chronique. « Je travaille la nuit et je dors en cours. Parfois, je ne comprends même plus ce que le professeur explique », avoue un étudiant en lettres.

Un lourd impact sur les parcours universitaires

Cette double vie a un coût académique réel. Retards fréquents, absences répétées, baisse de concentration : les conséquences s'accumulent. Pour certains, le décrochage devient inévitable.

« Ce sont des étudiants courageux, mais épuisés », reconnaît un enseignant-chercheur. « Le système universitaire fonctionne comme si tous avaient les mêmes conditions de vie, ce qui est loin d'être le cas. »

Pourtant, peu de mécanismes institutionnels existent pour accompagner les étudiants travailleurs. Aménagements d'horaires, soutien psychologique ou aides ciblées restent rares.

Malgré tout, la jeunesse estudiantine refuse d'abandonner ses rêves, même lorsque le système ne lui en donne pas les moyens.