Universités et Agroécologie : Quels leviers pour assurer la Sécurité Alimentaire en Afrique ?

Former une nouvelle génération d'agriculteurs et d’agronomes compétents en agroécologie
La sécurité alimentaire passe préalablement par la mise en place d’une main-d’œuvre agricole qualifiée, capable de mettre en œuvre des techniques agroécologiques adaptées aux réalités africaines. Actuellement, de nombreux programmes de formation en agronomie continuent encore de mettre en avant des modèles agricoles conventionnels, souvent inadaptés aux contextes locaux.
Pour que l’agroécologie soit rapidement adoptée et considérée comme un moteur de la sécurité alimentaire, il est nécessaire pour les universités africaines de l'intégrer dans les cursus et programmes académiques, afin de mettre en place des formations spécialisées allant de la licence au doctorat. De plus, elles doivent prioriser les formations pratiques en agroécologie qui intègrent des stages sur le terrain, des études de cas et des échanges avec les agriculteurs qui utilisent ces méthodes.
L’intégration dans ces formations de modules mêlant plusieurs disciplines telles que l’environnement, l’agronomie, l’économie et la sociologie permettrait d’outiller les futurs professionnels en leur offrant une vision généralisée des défis agricoles. Dans certains établissements comme l’Université Sud africaine de Stellenbosch ou celle de Cheikh Anta Diop au Sénégal, l’intégration de l’agroécologie dans les programmes est déjà effective. Mais il reste évident que pour que ces initiatives puissent avoir un impact signoficatif, elles doivent être généralisées sur tout le continent.
Le cas du Bénin illustre à bien cette dynamique. Tous les acteurs, qu’ils soient producteurs, ONG, chercheurs ou même des institutions travaillent au développement de l'agroécologie en veillant à ce qu’elle soit adaptée aux réalités locales. Des réformes sont pour cela réalisées dans l’enseignement technique et la formation professionnelle agricole afin de les intégrer aux cursus académiques. Dans le but, à terme, de former des agriculteurs qui seraient capables non plus seulement de répondre aux défis environnementaux et alimentaires, mais de le faire en veillant à la préservation de l’autonomie alimentaire et énergétique du pays.
La recherche universitaire au service d’une agriculture résiliente et productive
Les universités ne se limitent pas en des lieux de formation, ce sont également des centres de recherche jouant un rôle capital pour l'identification et la mise en place de solutions agroécologiques propres aux contextes africains. Aujourd’hui, les modèles agricoles dominants en Afrique reposent sur des approches héritées de la révolution verte, souvent peu adaptées aux conditions locales. Pour rendre l’agriculture plus productive et résiliente face aux changements climatiques, il est crucial que la recherche universitaire se concentre sur l’amélioration des techniques de culture agroécologiques, comme l’agroforesterie, la gestion intégrée des sols et des ressources hydriques, et l’usage de fertilisants organiques.
L’identification et la valorisation des semences locales résistantes constituent également un levier essentiel pour réduire la dépendance aux semences importées et améliorer la résilience des cultures face aux aléas climatiques. Par ailleurs, le développement de systèmes agricoles innovants, combinant technologies modernes et savoirs traditionnels, peut accroître la productivité tout en limitant l’impact environnemental.
L’Institut International de Recherche sur les Cultures des Zones Tropicales Semi-Arides (ICRISAT) est un exemple marquant de recherche appliquée à la sécurité alimentaire en Afrique. En 2021, il a reçu le Prix Africain de l’Alimentation pour ses contributions majeures à l’amélioration de la sécurité alimentaire dans 13 pays d’Afrique subsaharienne. Ses travaux ont notamment permis de développer des variétés de cultures résistantes à la sécheresse et d’améliorer la gestion des sols, contribuant ainsi à la résilience des petits agriculteurs face aux défis climatiques. Des instituts comme l’ICRISAT travaillent déjà sur ces thématiques, mais leur impact reste limité si les universités locales ne s’approprient pas ces recherches et ne les intègrent pas dans leurs formations et programmes.
L’importance de l’agriculture dans l’économie africaine est indéniable, bien que sa contribution varie selon les pays. En 2018, la Banque mondiale estimait que l’agriculture représentait en moyenne 15,6 % du PIB en Afrique subsaharienne et concernait 54 % des emplois, bien que ces chiffres soient en baisse depuis vingt ans. En comparaison, en Amérique latine et dans les Caraïbes, l’agriculture représente 4,6 % du PIB et 14 % des emplois.
Après les grandes sécheresses des années 1970 et 1980 au Sahel, le secteur agricole ouest-africain a longtemps été relégué au second plan avant de redevenir une priorité au début des années 2000. Cependant, son développement reste freiné par de nombreux défis, notamment l’appauvrissement des sols, la disponibilité du foncier et le changement climatique. Ces contraintes rendent indispensable l’exploration de nouvelles approches agricoles, comme l’agroécologie, particulièrement en Afrique de l’Ouest, qui est la principale région de production agricole et animale du continent.
Universités et agriculteurs : un partenariat clé pour une sécurité alimentaire durable
Un des défis majeurs de la transition agroécologique est l’accès à l’information et aux innovations pour les agriculteurs. La majorité des producteurs africains sont de petits exploitants, souvent isolés des réseaux de recherche et d’innovation. Les universités ont donc un rôle crucial à jouer dans la diffusion des connaissances et des pratiques agroécologiques auprès des acteurs de terrain.
Pour assurer un transfert efficace des savoirs, les universités peuvent organiser des formations continues pour les agriculteurs, en partenariat avec des organisations paysannes et des ONG, afin de vulgariser les techniques agroécologiques. La mise en place de fermes expérimentales universitaires, servant de laboratoires à ciel ouvert où étudiants, chercheurs et agriculteurs collaborent pour tester et adapter les innovations, constitue une autre stratégie clé.
Le développement de plateformes numériques et d’outils de vulgarisation, comme des applications mobiles ou des vidéos pédagogiques, permettrait également de rendre les connaissances accessibles aux communautés rurales. En renforçant ces liens entre le monde académique et les producteurs, les universités africaines peuvent jouer un rôle de catalyseur pour la diffusion des pratiques agroécologiques et leur adoption à grande échelle.
Conclusion
Pour répondre aux défis alimentaires de l’Afrique, l’agroécologie se positionne comme une réponse idoine à travers le développement d’une agriculture productive, respectueuse de l’environnement et résiliente face aux impacts du changement climatique. Toutefois, son implémentation passe par la formation de spécialistes, la recherche de solutions adaptées et la transmission de ces dernières sous forme de connaissances aux agriculteurs. D'où l’intervention des universités qui doivent pour ce faire, jouer un rôle central. L'assurance d’une sécurité alimentaire sur le continent ne saurait être envisagée sans l’action commune des gouvernements et des institutions académiques qui investissent de plus en plus dans la recherche agroécologique et renforcent la formation en agroécologie tout en favorisant les partenariats entre chercheurs et agriculteurs. L’Afrique, avec sa production agricole en croissance, pourrait bénéficier pleinement d’une transition vers l’agroécologie si des politiques adaptées sont mises en place. L’avenir de l’agriculture africaine repose sur une approche inclusive, où la science et les savoirs locaux se conjuguent pour bâtir des systèmes alimentaires durables et résilients.
Bibliographie et Références
- Vanessa FORSANS. (2022). Les enjeux de l'enseignement de l'agroécologie au Bénin.
- Philippe Roudié et Djiby Dia. (2022). Une troisième voie pour l’agriculture ouest-africaine ? Le cas de l’agroécologie au Sénégal.
- DAPSA (Direction de l’Analyse, de la prévision et des Statistiques agricoles). (2024). Pratique de l’agroécologie au Sénégal : enjeux et défis